Lâché par son label, Channel Tres répond avec le disque le plus personnel de sa carrière.

Le 14 août sort « Enigma POV! », le deuxième album de Channel Tres. Entre-temps, l’Américain a perdu son contrat, son management, et un peu de lui-même. Il en a fait un disque de défi et une des sorties house les plus attendues de l’été.

Il y a des albums qu’on sort pour confirmer. Et il y a ceux qu’on fait parce qu’on n’a plus rien à perdre. « Enigma POV! », qui paraît ce 14 août, appartient clairement à la seconde catégorie.

Pour comprendre, il faut revenir deux ans en arrière. En 2024, Channel Tres publie « Head Rush », son premier album, chez RCA. Un disque attendu, gorgé d’invités, l’aboutissement logique de six ans de montée en puissance depuis « Controller », le morceau qui l’avait révélé en 2018. Et puis, plus rien. Le label le lâche. Le management aussi.

TOPANGA CANYON, OU LE DEUIL

Ce qui suit, c’est lui qui le raconte. Il part se réfugier à Topanga Canyon, au-dessus de Los Angeles.

« J’ai commencé à faire cet album à Topanga Canyon. J’y suis allé pour faire mon deuil. Après avoir été lâché par un grand label et m’être séparé de mon ancien management, je me suis demandé si j’avais ce qu’il fallait pour être un artiste. Je ne me sentais plus spécial. Je me sentais jetable. »

C’est rare, un artiste qui dit ça aussi frontalement. Encore plus rare quand il en tire un disque qui, au lieu de gémir, monte le son. « Enigma POV! » sort en indépendant, via Alta Music Group, le genre de détail qui dit tout : reprendre la main sur sa musique et sur son business.

Channel Tres vêtu d'une longue cape argentée, ouvrant une porte inondée de lumière blanche dans une pièce sombre
Image extraite de l’ère « Enigma POV! » : Channel Tres ouvre une nouvelle porte, au propre comme au figuré.

QUI EST CHANNEL TRES

Pour ceux qui découvrent, il vient de Compton, en Californie. Pas de Detroit, pas de Chicago : Compton, terre de rap. Et c’est précisément ce qui le rend passionnant.

Sa voix, une basse profonde presque parlée, pose du rap sur de la house pure, celle des pionniers du Midwest qu’il revendique ouvertement. Là où beaucoup se contentent d’un featuring hip-hop sur un beat quatre-quatre, lui fait tenir les deux mondes dans la même personne. Ce grand écart, on l’a connu en France. DJ Mehdi, venu du rap avant de devenir l’un des piliers d’Ed Banger, a passé sa carrière à faire dialoguer ces deux mondes. Channel Tres le fait à sa manière, depuis l’autre côté de l’Atlantique.

Le résultat lui a valu de collaborer avec Robyn, Disclosure, SG Lewis, Tinashe, Kaytranada ou Diplo, tout en restant l’un des noms les plus demandés en club et en festival.

Portrait de Channel Tres coiffé d'un bonnet perlé et de lunettes rondes teintées, sur fond orange
Channel Tres, le pont entre le rap de Compton et la house de Detroit et Chicago.

« MEDICINE », LE MORCEAU À METTRE FORT

Cinq titres ont précédé l’album : « Only One », « Pop Pop », « Creatine », « Black Techno Guy »… et surtout « Medicine ».

C’est celui qu’on garde en boucle chez TBTC. Tout ce qui fait Channel Tres y est concentré : la basse vocale qui s’installe comme une évidence, le groove qui ne force jamais, et cette sensation très particulière de morceau à la fois club et intime. Le titre dit d’ailleurs bien ce qu’il veut dire, quand on connaît le contexte de l’album : la musique comme remède.

Si tu ne dois écouter qu’une chose avant le 14 août, c’est celle-là.

LE CLIN D’ŒIL FRANÇAIS

Il se trouve qu’on avait déjà croisé ce nom-là dans nos micros. Lors de notre CAPTÉ avec Alex de Synapson, la conversation avait dévié sur Channel Tres — et Alex n’avait pas caché son admiration, avec cette franchise qu’on aime : une jalousie de producteur, la bonne, celle qui vous fait écouter un disque en vous disant « j’aurais adoré faire ça ».

Et le lien avec la France ne s’arrête pas à l’admiration à distance. Le 11 juillet dernier, Channel Tres était derrière les platines à Paris pour un back-to-back avec Busy P (Pedro Winter, le patron d’Ed Banger) au Peacock Society, sur une soirée qui alignait aussi SebastiAn, Boys Noize et Floating Points. La house de Compton et l’ADN Ed Banger sur les mêmes platines : difficile de faire plus explicite.

C’est ça aussi, la circulation de la musique. Un producteur français qui admire un type de Compton qui, lui-même, revendique l’héritage de la house de Detroit et de Chicago — la même house qui a nourri la French Touch trente ans plus tôt. La boucle, encore.

ET APRÈS ?

L’album sorti, Channel Tres embarque sur The Enigma Tour à partir du 28 août, avec une trentaine de dates aux États-Unis et au Canada jusqu’à un final à Los Angeles le 23 octobre.

Pas de date française annoncée à ce jour. On surveille et on vous tient au courant.

Pochette de l'album Enigma POV! de Channel Tres avec son vinyle orange translucide

« Enigma POV! » de Channel Tres, disponible le 14 août 2026 via Alta Music Group.


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